avr 302012
 

Source: « Le Coran, un texte opaque et obscur mais qui dégage une vraie force »

Du point de vue de l’islam, le Coran (« récitation ») est la « descente » des paroles divines qui ont été adressées par l’ange Gabriel au prophète Muhammad. Éclairage avec « L’unité cachée : Judaïsme, christianisme, islam » d’Antoine Schwarz (Extraits 1/2).

Du point de vue de l’islam, le Coran (« récitation ») est la « descente » des paroles divines qui ont été adressées par l’ange Gabriel au prophète Muhammad. Crédit Reuters

Suivant la tradition musulmane, Muhammad aurait reçu en 610 au mont Hira, près de La Mecque, une communication de l’ange de la Révélation, Gabriel. Évoquant Gabriel, le Coran s’exprime ainsi :

C’est lui qui a fait descendre sur ton[1] cœur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui était avant lui : Direction et bonne nouvelle pour les croyants[2]. (II, 97)

Le Coran est une Révélation du Seigneur des mondes – l’Esprit fidèle [Gabriel] est descendu avec lui sur ton cœur pour que tu sois au nombre des avertisseurs – c’est une Révélation en langue arabe claire. Ceci se trouvait déjà dans les Livres des Anciens. (XXVI, 192-196)

Du point de vue du Coran, Muhammad est pur messager, l’auteur du livre étant Dieu lui-même. Le Coran va plus loin encore en précisant que le livre ainsi transmis est « conservé au ciel » de toute éternité sur la « Tablette gardée » (LXXXV, 22).

Divers éléments de fait conduisent à mettre en cause le dogme d’une origine divine du Coran.

L’opacité du texte

Le texte du Coran dégage au premier abord une impression de confusion et d’obscurité, que renforce le classement des cent quatorze sourates[3] en ordre décroissant de longueur, ce qui n’obéit apparemment à aucune logique. Nous pouvons remarquer pourtant que les Épîtres de saint Paul sont classées dans un ordre analogue. Il est même possible de dire qu’on lit le Coran à l’envers, puisque les premiers textes – les plus longs – sont en général ceux qui ont été formés à partir des dernières révélations (à Médine).

Alfred-Louis de Prémare[4] explique l’opacité du texte original par plusieurs facteurs : langue archaïque, écriture consonantique donc sans voyelles, aléas de la graphie d’origine, mais peut-être aussi volonté des scribes. Ceux qui ont composé le texte finalement retenu auraient pu vouloir le « décontextualiser » en raison des conflits ou des schismes en cours, ce qui les aurait conduits à couper ou à remplacer des versets, provoquant le fouillis apparent du texte.

En toute hypothèse, le texte coranique regroupe des « corpus » fragmentés d’époques de rédaction et de transcription différentes. L’unité du Coran tient à son inspiration, exprimée par son style inimitable et aussi par les très nombreuses répétitions d’une sourate à l’autre et, parfois, à l’intérieur d’une même sourate. L’accès au Coran serait grandement facilité par une version condensée et réarrangée, qui serait l’équivalent de ce que fut le Diatessaron[5] des Évangiles (version abrégée) pour les premiers chrétiens. À quand la constitution d’un collectif d’universitaires pour s’y atteler ? Signalons du moins qu’il existe un index du Coran dans la collection « Folio ».

Le Coran est, comme l’indique l’origine même du mot, un texte de « récitation ». Il est constitué par une chaîne orale : transmission inspirée au Prophète[6], annoncé par le Prophète à son entourage, récitation des disciples de manière à conserver le message, récitation rituelle des fidèles.

Les traductions

Pour les fondamentalistes, l’arabe est « la langue de Dieu ». La traduction du Coran serait donc, dans son principe même, impossible. Une telle interprétation ignore que la majorité des musulmans ne sont pas arabes. En outre, les difficultés inhérentes au texte arabe expliquent que les traductions soient aussi différentes les unes des autres et, dans l’ensemble, aussi insatisfaisantes. C’est souvent en comparant plusieurs traductions que le sens apparaît.

Il existe en définitive un double paradoxe du Coran.

Premier paradoxe : ce texte qui se veut en « langue claire » est très souvent obscur. Second paradoxe : malgré ses obscurités et ses traductions hasardeuses, il dégage une force à laquelle un esprit ouvert ne peut pas être insensible et qui n’est pas sans rappeler le souffle biblique dont il est, quoi qu’on veuille, la continuité.

L’établissement du texte

La tradition musulmane[7] veut que Muhammad n’ait pas su écrire et qu’il se soit contenté de répéter les paroles que la Révélation avait fait « descendre » sur lui. Peu à peu, les compagnons recueillirent de sa bouche les paroles révélées et les apprirent par cœur. Puis certains les notèrent par écrit sur des supports de fortune (des omoplates de chameau, par exemple). Une quinzaine d’années après la mort du Prophète, le calife Uthman réunit une commission pour établir un texte unique et définitif. Tout ce qui n’aurait pas été inclus dans le corpus de référence aurait alors été détruit de manière à éviter les problèmes qu’a connus le christianisme avec ses textes différents et les divergences d’interprétation qui en découlent. De ce point de vue, l’opération a parfaitement réussi[8].

Source: Quand le dialogue interreligieux se heurte à l’existence d’un islam politique

Chacune des trois religions du Livre prétend, depuis toujours, être la seule religion véritable. Cette affirmation alimente incompréhension, intolérance et persécutions. Éclairage avec « L’unité cachée : Judaïsme, christianisme, islam » d’Antoine Schwarz (Extraits 2/2).

C’est au moment où le dialogue interreligieux serait le plus nécessaire qu’il paraît le plus difficile à imaginer tant les tensions actuelles sont fortes, en particulier au Moyen-Orient. Chaque religion porte sa part de responsabilité, mais c’est l’existence d’un islam politique qui représente aujourd’hui l’obstacle principal et probablement durable.

La question de l’islam politique

« L’islam est politique ou il n’est rien » disait l’imam Khomeiny. De fait, l’islam ne connaît pas la séparation entre le spirituel et le temporel, entre le domaine religieux et le domaine civil. De ce point de vue, l’islam est l’héritier du judaïsme d’avant l’Exil mais pas de Jésus qui, le premier, avait eu l’audace d’affirmer : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu[1]. »

L’islam intégriste condamne la laïcité. Le chef spirituel soudanais Hassan al-Tourabi va jusqu’à considérer que « la séparation de Dieu et de l’État est d’une absurdité diabolique » et se justifie ainsi : « Si l’on croit en Dieu, on est bien obligé d’admettre qu’il est partout, que rien ne peut se faire sans lui. En Occident, vous n’êtes pas rationnels. Vous dites que vous croyez en Dieu mais vous l’avez enfermé, emprisonné dans vos églises, dans son tabernacle. Et vous ne l’écoutez que le dimanche matin, pendant une demi-heure, à la messe[2]. » L’argument de l’intégrisme est en réalité spécieux : il suppose que les croyants sont capables de consacrer la totalité de leur vie à la religion, ce qui est, bien sûr, l’objectif ultime, mais ne peut être exigé de la généralité des hommes. Les règles du Coran en matière de pratique religieuse sont d’ailleurs accommodantes. En revanche, l’extension du sacré à toute la vie quotidienne « civile » qui s’est produite dans de nombreux pays musulmans procède d’une déviation à proprement parler « totalitaire ».

Longtemps sous-jacente dans l’islam, cette tendance s’est affirmée ces trente dernières années au point de devenir l’une des données structurantes de l’actualité. À cette extension « verticale » de la religion dans la vie sociale, l’islam fondamentaliste ajoute une volonté d’expansion « horizontale » dans l’espace, c’est-à-dire au monde entier, y compris par la violence.

Relever le défi du fondamentalisme islamique devient donc, pour le siècle présent, l’enjeu politique majeur. Un bon moyen d’y faire face est d’aider l’islam à se moderniser, tout en sachant que l’essentiel devra être fait au niveau des peuples eux-mêmes. La modernisation de l’islam revêt un triple aspect politico-religieux, exégétique et spirituel. Il s’agit d’abord de sortir de l’interprétation totalitaire du Coran et d’affirmer le principe universel de liberté, notamment de la liberté religieuse hors de laquelle le sens même de la foi religieuse serait perverti. Il s’agit ensuite de procéder à un examen critique du Coran pour, par exemple, distinguer, parmi les différentes prescriptions, celles qui relèvent des circonstances particulières à l’époque de sa rédaction (versets « guerriers » de la période médinoise) des versets plus universels (période mecquoise)[3]. Il faut enfin que le monde musulman et les autres croyants des religions du Livre prennent conscience des valeurs d’intériorité qui sont celles de l’islam : comme l’indique le titre d’un ouvrage récent d’Éric Geoffroy : L’islam sera spirituel ou ne sera plus[4]. Il ne s’agit pas seulement de substituer une image « douce » de l’islam à une image « dure », mais de revenir à l’essence même des religions, ce qui vaut pour l’islam comme pour toutes les religions.

Ce mouvement de réforme suppose pour réussir que des conditions politiques minimales favorisant une certaine laïcité puissent voir le jour, comme le printemps de 2011 semblait en donner des signes d’espoir dans le monde arabe. Les intellectuels de pays de vieille tradition démocratique comme la France peuvent également jouer un rôle d’entraînement.

Antoine Schwarz

Ancien élève de l’École nationale d’administration, dirigeant de sociétés de l’audiovisuel public, magistrat honoraire à la Cour des comptes, Antoine Schwarz plaide pour un nouveau mode de travail et d’échange dans un esprit œcuménique. L’Unité cachée est l’œuvre d’une vie de recherche. Antoine Schwarz est décédé quelques jours après avoir achevé son manuscrit.

Extraits de L’Unité cachée: judaïsme, christianisme, islam, Editions François Bourin (20 avril 2012)

  One Response to “L’unité cachée : Judaïsme, christianisme, islam » d’Antoine Schwarz”

  1. La Bible traduite en Italien, par example, ne sonne pas bien. Contrairement à ce que la Torah hébraïque fait. Et à ce que le Coran fait.

    Le Coran, vraiment, enchante: les verses sont écrit de manière qu’ils … hypnotisent celui/celle qui les lit.

    Il s’agit aussi de véritable Lavage/Pollution du cerveau, et ce qui dérange c’est le contenu non exactement pacifique des verses (sauf le 35 de l’AnNour).

    Mais vraiment, les Ecrits sacrés, en langue originelle, sont très puissants: ils influences l’Esprit du lecteur (de manière hypnotique et cérébro lavante/polluante).

    Selon moi, celà est dangéreux: mais tout ce qui nous hypnotise l’est. Par conséquent, la pub est puissante, les stratégies de Marketing le sont, les soit disant Livres sacrés le sont, etcétéra.

    En ignorant ça, il est dangéreux … pour nous, face à nous mêmes! À notre Identité, à notre Conscience.

    Bonne et belle soirée étoilée.

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