juil 062012
 

Source: Interview

Pour Rafik Abdelsalam, « la Tunisie est un pays ouvert, et cela ne changera pas ».

Rafik Abdelsalam, ministre tunisien des Affaires étrangères, sait parler à la presse. Lors d’un entretien avec des journalistes libanais à Tunis, il s’est penché sur le nouveau rôle que pourrait jouer la Tunisie dans la région, notamment en ce qui concerne la Syrie. Il espère ainsi que son pays sera un exemple à suivre, à l’instar du modèle turc.

Islamiste et membre du parti Annahda, Rafik Abdelsalam avait choisi volontairement l’exil en 1990. Il avait suivi des études entre le Maroc et le Royaume-Uni avant de s’installer en Grande-Bretagne où il avait créé un centre de recherche. Il avait déménagé ensuite à Doha, où il avait travaillé dans la recherche auprès de la chaîne de télévision qatarie al-Jazira. Militant depuis ses années universitaires et gendre du président d’Annahda, Rached Ghannouchi, il a été nommé en décembre dernier ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Hamadi Jebali.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères met l’accent sur la coalition nationale qui gouverne actuellement le pays. « Cette période transitoire que traverse la Tunisie a besoin d’un partenariat national. Nous édifions actuellement les bases d’une démocratie et nous avons besoin de nous entraider », dit-il.

Se penchant sur l’arrivée de l’islamisme au pouvoir, M. Abdelsalam évoque l’expérience turque de l’AKP, notant que l’islam en Tunisie a toujours été tolérant. À la question de savoir si un gouvernement islamiste peut réussir en Tunisie, il souligne qu’il n’y a pas « un gouvernement islamiste, mais un gouvernement de coalition nationale. Nous avons une partie islamiste au sein du pouvoir, mais nous avons un agenda commun avec les autres membres de la coalition. La Tunisie est peut-être le pays arabe le plus homogène en ce qui concerne l’appartenance ethnique et religieuse de ses habitants ». « Je ne vois pas de divergence entre l’islam, le modernisme, la démocratie et l’ouverture. Notre gouvernement veille aux intérêts nationaux et ne se mêle pas des choix individuels des citoyens et de la société. La Tunisie est un pays ouvert, et cela ne changera pas », affirme-t-il, ajoutant que « le monde parle de l’exemple turc. Peut-être que plus tard on citera l’exemple tunisien ».
Convivialité entre islamisme et laïcité Par ailleurs, M. Abdelsalam indique que « la charia ne fera jamais partie de la Constitution en Tunisie. Nous avons décidé de préserver le 1er chapitre de la Constitution de 1959 qui souligne que la Tunisie a pour langue l’arabe et pour religion l’islam, et que son régime est républicain. Nous pourrons ajouter républicain démocratique ».

En réponse à une question relative aux difficultés d’un gouvernement de coalition, il indique, pragmatique : « Les anciennes démocraties rencontrent des difficultés, que serait-ce alors le cas des jeunes démocraties ? La convivialité entre le courant islamique modéré et le courant laïc modéré est positive et aide à la stabilité politique et à la paix civile, que ce soit en Tunisie ou dans le reste du monde arabe. J’aimerais que cet exemple soit de mise non seulement dans notre pays, mais aussi ailleurs, dans d’autres pays arabes. »

Commentant le résultat des élections en Égypte, le ministre tunisien souligne que « les relations entre les pays n’ont pas pour base l’idéologie mais les intérêts communs. Je ne suis pas pessimiste face à l’arrivée des islamistes en Égypte. Ces derniers sont des activistes politiques et non des êtres métaphysiques. Je pense que le courant islamiste en Égypte sera plus ouvert et plus consensuel. L’exemple tunisien peut se répéter au Caire ».

Interrogé au sujet de la remise de l’ancien Premier ministre libyen sous Kadhafi, Baghdadi Mahmoudi qui était emprisonné en Tunisie, aux autorités de son pays, M. Abdelsalam a affirmé que « Tunis a décidé de l’extrader une fois qu’il y a eu des garanties qu’il sera traité d’une façon conforme aux droits de l’homme. Il faut que nous soyons conséquents avec nous-mêmes ; si nous voulons le retour de Zine el-Abidine Ben Ali afin qu’il soit jugé en Tunisie, nous devons remettre les personnes qui sont recherchées par les Libyens, et cela à condition que les jugements soient équitables ».

Concernant la possibilité d’un règlement de la crise syrienne, le ministre tunisien indique : « Il faut un véritable changement en Syrie. Nous ne pouvons qu’être solidaires du peuple syrien qui mérite la démocratie. Nous voulons parvenir à une solution politique qui soit à la hauteur des aspirations de ce peuple. » « Nous voulons donner une chance à la solution tunisienne. Dans ce contexte, notre révolution était pacifique et calme et loin de l’ingérence internationale. La Tunisie est un petit pays, mais nous jouons un rôle à travers notre position dans le monde arabe. C’est ce que nous avons appris grâce à notre révolution ; ce qui se passe dans un pays arabe influe sur tous les autres », poursuit-il.

M. Abdelsalam, qui était en week-end à Moscou où il s’était notamment entretenu avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, affirme que « contrairement à la Russie, la Tunisie opte en Syrie pour une solution à la yéménite, celle qui s’opère à travers un changement en douceur avec le remplacement du chef de l’État ». « Nous souhaitons que la Russie adopte une position plus souple en ce qui concerne la Syrie », note-t-il, rappelant que « Moscou veut garder le président syrien Bachar el-Assad au pouvoir tout en procédant à des réformes en Syrie, alors que la position arabe est différente. Après tout, c’est au peuple syrien de décider », conclut-il.

 Posted by at 8 h 35 min

 Leave a Reply

(requis)

(requis)

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>