Source: Marie-Christine Petit-Pierre
L’ablation du prépuce ne serait pas ou peu douloureuse chez les nouveau-nés. C’est du moins l’argument qu’avancent les partisans de la circoncision pour justifier la pratique de cette opération à vif. Selon cette théorie, le bébé de quelques jours ne ressentirait pas la douleur car ses «terminaisons nerveuses ne seraient pas en place». Ces explications semblent d’un autre âge. Elles refleurissent pourtant avec le débat suscité par la décision du Tribunal de grande instance de Cologne, interdisant la circoncision lorsqu’elle n’est pas pratiquée pour des raisons médicales. Est-ce plausible? Explications de Barbara Wildhaber, médecin-cheffe du service de chirurgie pédiatrique des Hôpitaux universitaires genevois.
Le Temps: Peut-on dire du nourrisson qu’il ne ressent pas encore la douleur?
Barbara Wildhaber: On le pensait autrefois, mais on sait depuis les années quatre-vingt que ce n’est pas le cas, diverses études l’ont montré (1). Même un prématuré de 24 semaines (six mois de grossesse) ressent la douleur; quand on le pique, il pleure, il se défend. Il m’est arrivé de faire une piqûre anesthésique à des bébés pour une circoncision, ils hurlent, ils se tordent, c’est parfois bouleversant! Certains se défendent moins, c’est vrai, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne ressentent rien.
– Cette expérience précoce de la douleur a-t-elle des effets sur le long terme?
– Le système de la douleur peut être modifié en effet. Des études (2) réalisées avec des garçons circoncis ont montré que ceux-ci réagissaient beaucoup plus intensément aux vaccinations que les non-circoncis: ils montraient plus de douleur, ils pleuraient plus, etc.
– Actuellement, en Suisse, la circoncision est pratiquée sous anesthésie générale. Une insensibilisation locale n’est pas possible?
– Ce n’est pas toujours très efficace et la piqûre se fait à la racine de la verge, ce qui est en soi très douloureux, même si l’on utilise préalablement une crème anesthésiante et des antalgiques. On entend dire que les bébés hurlent parce qu’ils sont attachés, mais c’est faux, ils ont mal. C’est un traumatisme à vivre, pour eux comme pour nous.
– Est-ce que la circoncision en elle-même est particulièrement douloureuse?
– Le gland est très innervé, comme le clitoris chez la femme, d’ailleurs ce sont deux zones semblables du point de vue embryologique. La sensibilité diminue après la circoncision car le gland est démuni de sa protection, sa muqueuse, toujours exposée, s’épaissit.
– Peut-on objectiver la douleur chez un nouveau-né?
– Nous utilisons des échelles de la douleur en fonction de l’âge de l’enfant. Il y en a une qui couvre la période de la naissance à trois mois. Elle est basée sur l’observation, selon des critères précis, de l’expression faciale, des mouvements des membres et de l’expression vocale. Cela nous permet d’arriver à une évaluation objective.
– L’argument hygiéniste longtemps mis en avant pour justifier la circoncision n’est-il plus valable?
– Non, de même que l’habitude ancienne, parfois encore conseillée par les grands-parents, de décalotter le gland pour le nettoyer n’a pas de sens chez l’enfant. Il y a un nettoyage naturel de cette partie du corps, grâce à des sécrétions. De plus, le prépuce est trop serré à la naissance, le décalotter est douloureux et peut créer des cicatrices. Ces cicatrices peuvent ensuite rendre une circoncision nécessaire.
(1) Pediatrics, vol. 117, No. Supplement 1, March 1, 2006.
(2) Lancet, vol. 349, 1 march 1997. «Effect of neonatal circumcision on pain response during subsequent routine vaccination», Anna Taddio, Joel Katz, A Lane Ilersich, Gideon Koren.

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La bonne blague. Tous les gens qui se sont occupés d’enfants savent qu’ils ressentent la douleur. Mais au « bon vieux temps », on devait se forcer à croire le contraire pour supporter la détresse engendrée par les cris de douleur des enfants malades ou mal soignés, pour qui on ne pouvait pratiquement rien faire. Jusqu’au XVIIIe siècle, dans nos pays, près d’un enfant sur trois n’atteignait pas l’âge d’un an. La mortalité enfantile actuelle est de l’ordre de quelques pour mille.
Lloyd DeMause a analisé l’Histoire humaine par rapport à l’Education, plus ou moins violente, des enfants.
Il a classifié les comportement selon un schéma évolutif, qu’il a appellé »PsychoHistoire »: http://fr.wikipedia.org/wiki/Psychohistoire
[il y a quelque temps, le bébé venait emaillotté àfin qu'il ne pouvait pas se bouger,
et voilà, on ne devait pas s'occuper de lui.
Une véritable camisole de force.]
Ici un lien à un site [en anglais] concernant le Traitement [Education] des bébés [enfants] et les conséquences: http://iraresoul.com/
Et selon le travail d’Alice Miller [article]: http://www.alice-miller.com/livres_fr.php?page=2b
Détruits par l’éducation
par J.-F. Grief
(C’est par hasard que nous avons récemment retrouvé un article de J.-F. Grief, publié 1984 dans le magazine « Marie Claire ». Malheureusement, son contenu est encore très actuel, c’est pourquoi nous avons décidé de le partager avec les lecteurs de ce site.)
Christian F., droguée et prostituée à treize ans, Adolf Hitler, le plus grand assassin de tous les temps. Jürgen Bartsch, un assassin beaucoup plus ordinaire qui se contentait de découper en morceaux des petits garçons. Quel point commun existe-t-il entre ces trois personnages ?
Leur enfance, répond Alice Miller dans un livre qui a sérieusement secoué l’opinion en Allemagne et qui vient d’être traduit en français. (« C’est pour ton bien », Aubier ed.)
Tous les trois ont été maltraités et humiliés, tous les trois ont été contraints à l’obéissance, tous les trois ont dû refouler leur haine et leur révolte jusqu’au jour où ils ont pu se venger. Mais au lieu de s’en prendre à ses parents, Christian F. s’en est prise à elle-même ; Hitler à des catégories de population servant traditionnellement de boucs émissaires ; Jürgen Bartsch à des enfants représentant celui qu’il avait été.
« Je ne crois pas qu’il existe dans les prisons du monde un seul assassin qui n’ait pas été battu ou maltraités au cours de son enfance », déclare Alice Miller.
C’est une femme assez âgée, très douce, qui paraît un peu effrayée par le tohu-bohu que son livre a déclenché en Allemagne.
Affirmer que les assassins ont été brutalisés dans leur enfance n’est pas très nouveau. Ce qui a choqué dans le livre d’Alice Miller, c’est qu’elle remet en cause d’éducation en général, telle qu’on l’a pratiquée en Europe pendant les deux derniers siècles. A part quelques privilégiés et enfants en bas âge de la nouvelle génération, nous aurions tous subi des violences physiques ou psychologiques infligés »pour notre bien »par des parents coupables mais pas totalement responsables.
Nous pouvons en effet accorder à nos parents des circonstances atténuantes. Ils se contentaient souvent de faire comme les autres, d’appliquer des principes d’éducation remontant à la plus haute antiquité.
A la suite de l’historienne Katharina Rutschky, Alice Miller baptise « pédagogie noire »la mise en forme théorique, aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, de ces principes d’éducation. »C’est une mystification », dit-elle. On prétend aider l’enfant en le traitant avec cruauté, en le manipulant, en l’exploitant. On lui affirme que c’est bon pour son caractère jusqu’à ce qu’il en soit convaincu lui-même. Sous prétexte de le préparer à affronter les difficultés de la vie, on détruit sa confiance en la société et en lui-même ; il est donc en fait beaucoup moins bien préparé à affronter les difficultés.
« Quand on le bat pour former son caractère, ou en prétendant l’aimer, on agit de façon très hypocrite. Un petit enfant ne peut pas comprendre l’intention de celui qui le bat, il ressent seulement les coups ».
« Il apprend aussi que la violence contre le faible est légitime, la révolte contre le fort interdite. Il apprend qu’il faut mentir et être hypocrite, de ceux-là même qui prétendent enseigner la vérité et la tolérance ».
Pourquoi, dans ces conditions, ne sommes-nous pas tous devenus des assassins ou des terroristes ?
« Beaucoup de gens se vengent sur eux-mêmes, par la psychose ou des maladies psychosomatiques, sur leurs propres enfants, sur des boucs émissaires comme aujourd’hui en Allemagne les travailleurs immigrés turcs. Pour échapper à ce cycle sans fin, il faut pouvoir se confier à une personne qui vous comprend, exprimer les sentiments au lieu de les refouler. Mais pour un enfant torturé, exprimer ses sentiments, trouver à qui les confier, n’est pas facile. Il faut pourtant qu’il comprenne ce qui se passe pour se révolter, pour s’en sortir ».
La bonne éducation, selon Alice Miller, ne consiste pas seulement à s’abstenir de battre les enfants: « L’éducation trop permissive peut être aussi dangereuse. L’enfant est perdu, comme s’il était abandonné dans une grande forêt ; c’est très angoissant. On le laisse tout faire, il ne se sent pas aidé et protégé. La situation ne permet pas le développement de la confiance.
« Je crois qu’il faudrait revenir à la notion désignée par le mot latin Autoritas, qui implique que l’on donne des conseils désintéressés, en respectant l’enfant. Nous devons éviter le mensonge et l’hypocrisie, chercher l’authenticité, essayer de comprendre l’enfant et de nous comprendre nous-mêmes.
« Par exemple, certains parents se mettent en colère contre leurs enfants parce qu’ils mangent mal. Mais ils devraient plutôt s’interroger : pourquoi cela me fait-il si mal qu’il ne veuille pas manger ? ».
« Ou bien, un parent fatigué veut lire son journal le soir et ne supporte pas son enfant qui veut jouer. Il lui dit d’aller se coucher : à ton âge, il faut beaucoup dormir, c’est bon pour toi de te coucher, etc…. . C’est de l’hypocrisie, du mensonge. Le parent authentique avoue sa faiblesse »je suis fatigué(e), je veux lire mon journal pour me détendre ».
Voici quelques extraits du livre d’Alice Miller.
[...]
» La fessée associée à des troubles de santé mentale
Même en l’absence d’abus ou de négligence, les punitions physiques affecteraient à long terme la santé mentale des enfants, avance une récente étude de l’Académie américaine de pédiatrie. La fessée rendrait les enfants plus agressifs et ses effets pourraient même se faire ressentir à l’âge adulte.
Bien qu’elle reste un sujet controversé, du moins dans les pays qui ne l’ont pas interdite, comme le Canada et les États-Unis, de nombreux parents affirment avoir encore recours à la fessée et aux châtiments corporels. Dans une étude québécoise, publiée en 2002, on rapportait même que deux Québécois sur trois la jugeaient nécessaire.
Cette nouvelle étude pourrait cependant décourager les adeptes de ce châtiment. En effet, selon les résultats obtenus auprès de 34 653 individus de moins de 20 ans, un lien existerait entre les coups reçus à l’enfance et les troubles mentaux développés à l’âge adulte. De 2 à 7% des problèmes mentaux des jeunes adultes examinés lors de cette étude seraient liés aux punitions physiques.
Bien sûr, les problèmes de santé mentale résultent de nombreux facteurs, soulignent les chercheurs, mais la punition physique amplifierait le risque d’en être atteint. Les enfants à qui l’on aurait administré des fessées auraient ainsi deux fois plus de risque de souffrir d’une maladie mentale et seraient aussi plus prédisposés que les autres de faire une dépression à l’âge adulte.
Utiliser de fortes punitions physiques —pousser, empoigner, secouer, gifler ou taper– avec un jeune enfant turbulent augmenterait le risque d’anxiété, d’abus de drogue et d’alcool, des troubles de l’humeur ou de personnalité plus tard.
D’un point de vue de santé publique, les auteurs de cette étude soutiennent que réduire les punitions physiques pourrait aider à diminuer les cas de troubles mentaux au sein de la population. »
http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2012/07/18/fessee-associee-troubles-sante-mentale