Inquisition / Violence

Benoît XVI, premier responsable de la violence religieuse

Source: La religion du XXIe siècle sera violente ou ne sera pas. Tel est le choix des institutions qui dirigent les monothéismes.

Violente ou pas n’est pas le problème. Telle est la position du reste de la société.

Dans le dialogue avec son père Jean-François Revel, le moine Matthieu Ricard écrit ceci : « Le Dalaï-lama ne cesse de souligner que toute religion pratiquée selon son esprit a pour objectif le bonheur des êtres et se doit d’être un facteur de paix. Le message de Jésus-Christ est un message d’amour et l’un des sens du mot « islam » est « paix ». Les violences et les exactions commises au nom de la religion, et l’utilisation des religions pour accentuer les divisions entre les peuples ne peuvent donc être que des déviations » (Le moine et le philosophe, Nil éditions, Pocket 1999).

Bien entendu, en disant cela le Dalaï-lama est parfaitement sincère, comme la plupart de ceux qui disent habituellement la même chose. Mais la « pratique selon son esprit » n’est qu’un vœux pieux et la conclusion qu’il en tire une contre-vérité. Tous les monothéismes continuent d’affirmer que Dieu a bien, en plus de ses appels à la paix, commandé des « exactions », des maltraitances, des violences, des guerres, des massacres de peuples entiers, ou de catégories entières de la population de la planète.

Le judaïsme, le christianisme et l’islam, dans toutes leurs composantes, l’affirment explicitement. Le quatrième monothéisme, le bahaïsme – ou, comme préfèrent le nommer ses adeptes, la « Foi bahaïe » – adhère à la même conception duale que ses prédécesseurs mais, en quelque sorte, « par défaut ». Il ne rejette pas explicitement son volet criminogène, il se contente de ne pas l’enseigner comme une vérité définitivement acquise ayant, dans les faits, la valeur d’un vrai dogme.

Les autres religions du Livre le font et, donc, les « exactions », les violences et « les divisions entre les peuples » pratiquées au nom de la religion ne sont pas du tout des « déviations ». Il faut dire ici bien fort que les croyants fanatiques passant à l’acte criminel effectif « ont bon dos », et que les institutions de leurs religions respectives devraient, dans une société où la Justice profane serait réellement indépendante et objective, assumer au moins partiellement la responsabilité de leur crime.

Car ce sont bien ces institutions qui ont indirectement préparé le criminel à son crime en lui enseignant la prétendue double et incohérente volonté du Dieu de la Bible et du Coran  :  tu aimeras ton prochain comme toi-même et tu le haïras quand ce sera nécessaire; tu ne tueras pas et tu tueras abondamment quand Je te demanderai de le faire « pour la bonne cause ». Dans ce cas-là Je « frapperai d’anathème » l’individu, le groupe ou le peuple que tu pourras ou devras faire disparaître. Il sera mis ainsi hors du commun des mortels protégés par la règle d’amour et de respect mutuel, et la contradiction flagrante cessera d’en être une.

Il serait sans doute utile de s’interroger ici sur le rôle qu’a pu jouer cette notion biblique dans les grands crimes de l’humanité profane depuis 2000 ans. L’anathème n’était-il pas un acquis mental collectif lorsque des européens massacraient les indiens d’Amérique pour prendre leur terre ? Ou lorsque d’autres, un peu plus tard, réduisaient les africains à l’esclavage pour les besoins des nouveaux propriétaires ? Indiens et africains n’étant pas ressentis comme étant vraiment des hommes, on pouvait rester bon chrétien en les exterminant ou les asservissant.

Même s’il me semble qu’il y a bien, ici encore, relation de cause à effet entre la conception violente de Dieu et la Shoah, je crois qu’elle est beaucoup moins directe et qu’il faudrait, pour l’aborder correctement, de nombreuses pages et des compétences que je n’ai pas. J’espère seulement trouver un jour une étude sérieuse de cet aspect particulier du problème sous la plume des chercheurs les plus honnêtes et les plus documentés en ce domaine.

Il faut au moins savoir gré à Benoît XVI d’avoir re-précisé et souligné, dans le nouveau catéchisme de l’église catholique, sa conception duale, violente, criminogène de Dieu. Lorsqu’il n’était encore que le cardinal Ratzinger la responsabilité du comité de rédaction lui fut confiée. Ce comité donna une fois de plus valeur de dogme à la croyance en une « bonne violence » de Dieu. Il confirma qu’il fallait continuer de l’enseigner et la transmettre aux générations futures.

Il le fit, certes, indirectement mais de manière parfaitement claire en réaffirmant que le Livre de Josué est aussi « saint » que tous les autres de l’Ancien Testament (passage 120 du Nouveau catéchisme), que tous ces livres « ont Dieu pour auteur », sont jugés par l’Eglise « sacrés et canoniques », « avec toutes leurs parties » (105), laquelle Eglise « n’accueille pas seulement une parole humaine, mais ce qu’elle est réellement : la Parole de Dieu » (104). Il le fit en réaffirmant que « Dieu est l’Auteur de l’Ecriture Sainte en inspirant ses auteurs humains » et qu’il « donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire » (136), « tout ce qui était conforme à son désir et cela seulement » (106), qu’ils enseignent « fermement, fidèlement et sans erreur la vérité que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut (107)…

Mais, bien sûr, le Catéchisme contient aussi les tortueuses précisions sur la nécessité de faire les « bonnes interprétations » de toutes les horreurs « conformes au désir de Dieu » qu’on rencontrera dans « l’Ecriture ». Il faut dire sans détours que, loin d’atténuer le caractère maléfique des affirmations précédentes, elles le renforcent impardonnablement. Elles sont tout simplement une monstrueuse tricherie supplémentaire.

Celle-ci est aussi vieille que la démarche religieuse elle-même. Parmi beaucoup d’autres l’évêque Augustin (pour le catholicisme), ou Maïmonide (pour le judaïsme) expliquaient déjà, aux Ve et XIIe siècles, que l’église et Dieu « persécutent par amour », contrairement aux impies qui persécutent par cruauté. La « vérité que Dieu a voulu voir consignée » c’est alors que, « pour notre salut » il faut massacrer beaucoup de monde sur la terre. Le Livre de Josué, plus que tout autre livre sacralisé résume parfaitement, dans l’Ancien Testament (AT), cette « vérité salutaire ».

Avant d’examiner cet exemple tristement significatif de « bonne interprétation » de la prétendue volonté criminelle de Dieu, écartons tout de suite l’objection de certains croyants juifs : le Livre de Josué n’est pas dans le Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible), qui est le seul Livre fondateur de notre religion. C’est dans le Livre de la Genèse que « Dieu » anéantit les cités de Sodome et Gomorrhe (Gen 19, 23); c’est dans L’Exode (12, 29) qu’il fait tuer tous les premiers-nés d’Egypte, et donne l’ordre à Moïse de massacrer son peuple qui a adoré le veau d’or (Ex 32, 21); c’est dans Les Nombres (31) qu’il ordonne l’extermination des Madianites; c’est dans le Deutéronome (7-20) qu’il demande à son peuple de se préparer pour l’extermination des Cananéens…

La Bible annotée de Jérusalem, éditée en France en l’an 2000, juste après le Nouveau catéchisme (1998) nous donne la « bonne interprétation ». En de nombreux endroits elle nous dit de multiples manières que « le glaive c’est la Parole de Dieu ». Mais c’est sans doute en marge du Livre de Josué que les théologiens papistes donnent le plus écœurant exemple de « bonne interprétation ».

Les chapitres 3, 4, 7 et 8 décrivent avec de nombreux détails la conquête du nord et du sud de Canaan. Chaque fois que le « Dieu Sauveur » livre une cité à son peuple en lui assurant la victoire il insiste pour que tous les ennemis soient « passés au fil de l’épée » afin que ne reste absolument aucun survivant. La consigne est respectée, jour après jour, jusqu’à la fin du massacre. Une note en marge nous dit la leçon que nous devons en tirer : « La puissance de Josué réside dans son total abandon à la volonté de Dieu. Il fait comme Yahvé lui avait dit. Il préfigure ainsi le Christ Jésus dont la toute puissance sera l’obéissance jusqu’à la mort : « non comme je veux, mais comme tu veux ».

Jésus donnera sa propre vie dans l’obéissance à « Dieu son Père », et il la donnera pour faire comprendre aux humains qu’ils « doivent s’aimer les uns les autres ». Josué massacre tout un peuple pour occuper sa terre mais il faut comprendre, selon les théologiens « interprétant correctement » que, dans les deux cas, c’est le même enseignement qui est donné au lecteur ! C’est ce qu’annonce d’ailleurs explicitement l’introduction au Livre de Josué : « L’ensemble du  livre est une figure de la vie et de l’œuvre qui seront celles de Jésus-Christ. Le Dieu Sauveur fait entrer son peuple, l’humanité, dans la Terre promise, figure du royaume à venir, le Royaume des Cieux ».

Et les « bons interprètes » n’hésitent pas à créer, dans cette Bible de l’an 2000, un personnage unique à deux têtes, deux âmes, deux conceptions humaines complémentaires, pour eux très cohérent, qu’ils nomment « Josué-Jésus » !

On voit ici que la vérité de Benoît XVI n’est pas d’une nature très différente de celle des dirigeants d’Al Qaïda, entre autres musulmans terroristes contemporains de cette Bible. La différence est seulement dans l’opportunité de la mise en application du prétendu « désir criminel » de Dieu. Pour Oussama ben Laden ou Ayman al-Zawahiri, il est toujours nécessaire de massacrer beaucoup d’êtres humains pour le bien de l’humanité. On en trouvera de nombreuses confirmations dans le livre présenté par Gilles Kepel, « Al Qaïda dans le texte » (éd. PUF 2005). Pour le pape au contraire, c’est fini : depuis 2000 ans, il ne faut plus. Jésus a demandé qu’on n’applique plus que ses consignes pacifiques.

Si j’étais encore le catholique fervent que je fus dans mon enfance je dirais peut-être  : « Seigneur, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils écrivent ! » mais je préfère ici gueuler très fort que ces théologiens fous, comme leur pape lui-même, trahissent manifestement le prophète juif Jésus dont ils se prétendent les héritiers spirituels.

Des analystes d’aujourd’hui réfutent pourtant cette idée d’une volonté, chez Jésus, radicalement différente de celle du Dieu de l’AT. Pour moi cette différence ne fait aucun doute même si subsistent, effectivement, des ambiguïtés dans certains de ses prêches, des acceptations de fortes violences dans certaines de ses paraboles. Je crois que Jésus était réellement un modèle – humain, profondément humain – de pacifisme, d’amour et d’abnégation. Mais il est tout aussi stupide de chercher des « bonnes explications divinement inspirées » à ses faiblesses, bien réelles, que d’en chercher aux pires massacres « commandés par » le Dieu de l’AT. Il voulait une profonde réforme pacifiante de sa religion, dont il restait malgré tout fortement imprégné, marqué, « encombré ». Il la voulut en donnant l’exemple d’un total don de soi, jusqu’à l’acceptation de sa propre mort dans le martyre. C’est admirable, et je crois qu’on ne se trompe pas quand on voit Jésus comme un des principaux précurseurs des Droits de la Personne Humaine.

Parmi les ambiguïtés énoncées par Jésus on rapporte souvent celle-ci : « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. Car je vous le dis, en vérité : avant que ne passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur le i, ne passera de la Loi, que tout ne soit réalisé » (Mt 5; 17, 18). On en conclut que Jésus aurait approuvé, comme aujourd’hui Benoît XVI, la totalité des intentions et des actes du Dieu de l’AT, dont les plus épouvantables massacres. Sans trop entrer dans les détails il me semble intéressant de relever, dans une autre Bible, une traduction différente du même passage que celui qui est pris, ci-dessus, dans la Bible de Jérusalem de 2001. La Bible Osty rapporte (en 1973) que Jésus dit n’être pas « venu renverser mais compléter », ou n’est pas venu « abroger mais parfaire » et elle avertit dans une note qu’il vaut mieux éviter l’expression « abolir mais accomplir » parce que « ce dernier mot » est « amphibologique ». Une autre note précise que Jésus « interprète, approfondit, amplifie, modifie et même contredit « ce qui a été dit aux anciens ».

Cette ambiguïté, ce possible double sens et cette possible « contradiction », par Jésus, de l’enseignement « du Dieu de l’AT » devraient encourager les pacifistes catholiques à résister aux théologiens papistes, refuser d’entrer dans leur jeu, et dénoncer sans retenue leur énorme tricherie qu’ils qualifient de « bonne interprétation », cette tricherie que réanime Benoît XVI pour faire reculer sa religion et les religions en général vers les anciennes sources dogmatisées de leur violence. Alors qu’il est plus que jamais nécessaire de s’en débarrasser !

On peut faire ici un parallèle entre les deux attitudes, religieuse et profane, qui nous éloignent de l’accomplissement de cette nécessité : le pouvoir temporel catholique efface les avancées précédentes vers la théologie non-violente en même temps que le pouvoir politique détruit les acquis républicains qui protégeaient la société profane de la violence religieuse.

La trahison presque deux fois millénaire, par les chrétiens, du prophète juif dont ils se prétendent – et probablement se croient réellement – les disciples, me paraît facilement explicable. En se constituant, leur église décida que Jésus n’était pas seulement un religieux exemplaire, un modèle à suivre, un réformateur dont la réforme devait être poursuivie et perfectionnée. Elle décida qu’il était lui-même Dieu, une composante du Dieu trinitaire qu’elle inventait pour l’occasion.

Etant Dieu, Jésus était donc parfait. Il ne pouvait pas avoir eu des limites, s’être trompé, être resté ambigu, fut-ce sur des points secondaires parfaitement explicables dans le contexte. Il ne pouvait pas avoir accepté plus ou moins consciemment, confirmé et retransmis, certaines croyances délétères des prophètes antérieurs. Il ne pouvait pas avoir laissé son enseignement inachevé, sa réforme perfectible.

Et l’église, imprégnée de cette conception, se mit à refuser tout appel à la raison pour continuer son œuvre. Elle s’opposa délibérément à la libre philosophie en prétendant en avoir reçu une autre de Dieu, de beaucoup supérieure et – plus grave que tout – elle prétendit échapper à la responsabilité et à la justice humaines. Elle mit un frein brutal au « jésuïsme », elle lui tourna le dos en mettant en place – à sa place – le christianisme.

Et elle se mit à fabriquer des croyants schizophrènes, dont beaucoup se mirent à maltraiter, tuer, massacrer massivement au nom du Dieu d’amour.

*****

Les religions doivent être respectées. Elles sont par définition toutes égales en respectabilité et n’ont pas à le prouver. Même dans la société profane, ces principes ont la valeur d’un dogme.

Même quand cette société est républicaine et laïque elle s’interdit de remettre ce dogme en question. Même après trois millénaires de culture inter-religieuse de la prétendue volonté de violence de Dieu. Même au XXIe siècle, à la suite des nouvelles violences commises au nom de Dieu, aggravées par les terribles nouveaux moyens dont disposent les fanatiques !

Cela doit évidemment changer. Les gouvernants des Etats laïcs n’ont pas à interdire les pensées et les expressions, individuelles et collectives, qu’ils pourraient trouver bizarres, voire franchement délirantes, dès lors que ces pensées et ces expressions ne sont pas exigence ou prise de privilèges, et dès lors qu’elles ne menacent pas la paix et l’ordre publics. Mais c’est bien à ces gouvernants que revient d’abord, en tout premier lieu, la responsabilité de faire entrer – ou rentrer – les religions dans la communauté citoyenne, dans la Loi et la Justice communes.

Cependant les croyants honnêtes, intelligents et pacifiques, ont à prendre leur part, d’une manière qui leur est propre, à ce ralliement au bien commun, à cette nécessaire pacification des rapports entre le monde non-religieux et le monde religieux. Leur rôle devrait être, je crois, dans une démarche de pacification de leurs religions respectives. Elle ne me paraît pas possible sans une remise en cause sérieuse, délibérée, de deux vieilles conceptions aberrantes et, au bout du compte, criminogènes, des religions monothéistes : d’une part la croyance en une volonté de violence de Dieu, d’autre part la croyance en une « Parole de Dieu » intégralement exprimée dans les écritures sacralisées.

En d’autres termes les croyants doivent prendre conscience que les auteurs de ces textes sont des « chercheurs de Dieu » – ou plus exactement des chercheurs d’un Dieu – très humains donc très faillibles, et non pas des transmetteurs de la « volonté de Dieu », a fortiori de sa volonté supposée violente. C’est seulement comme tels que ces écrivains peuvent être respectés par tous car alors, et alors seulement, ils peuvent être considérés comme les égaux de leurs contemporains qui pensent le monde différemment, avec un ou des dieux différents, ou sans aucun dieu. La recherche d’un sens à la vie, et des moyens de « la vie bonne », a alors la même valeur chez les uns et chez les autres.

En d’autres termes encore, les croyants doivent détruire leur vieille trilogie de base : divinisation / sacralisation / dogmatisation de pensées et d’actes à caractère humain. C’est cette trilogie qui a engendré tous les désastres à base religieuse depuis les débuts du monothéisme jusqu’à nos jours.

Chez les rédacteurs du Coran la volonté de violence « de Dieu et de son messager » devient obsessionnelle. Elle est la composante dominante du livre. La principale chose que Dieu cherche à faire comprendre au lecteur c’est que, s’il « pense mal », s’il n’a pas la bonne croyance, la croyance dans le vrai Dieu, il passera l’éternité après sa mort à subir des tortures diverses et incessantes. Il vivra constamment dans les affres de la fournaise, devra boire des liquides fétides et bouillants… et des spécialistes veilleront à ce qu’il ne s’endorme pas, à ce que sa peau ne devienne jamais insensible à la douleur. Pas seulement parce qu’il aura « mal cru ». Ce sera le cas aussi, parfois, parce qu’il se sera mal conduit sur la terre, au sens où on l’entend chez le commun des mortels.

Il faut cependant ajouter que, par ailleurs, les appels directs à exercer des massacres sont beaucoup moins nombreux dans le Coran que dans l’Ancien Testament.

Je crois pourtant que ce livre sacralisé est beaucoup plus dangereux, pour le monde présent et à venir. D’abord parce qu’il est beaucoup plus récent et qu’il n’a pas été suivi, comme l’AT, par un équivalent des Evangiles. Ses appels à la « juste » violence sont donc considérés par l’islam comme toujours valables. Ensuite parce que le prophète Mohamed explique en plusieurs endroits que le pire est de mal croire. Et puis parce que le livre fait un devoir aux « soumis à la volonté de Dieu » de combattre jusqu’à sa totale domination sur le monde. Et encore parce que Mohamed leur enseigne qu’ils constituent une communauté supérieure à tout le reste de la société, et que les lois de celle-ci sont inférieures à celles de leur Dieu, qui doivent donc les remplacer.

En résumé, la pratique religieuse demandée par Mohamed à ses adeptes est et reste incompatible avec la laïcité républicaine, la séparation du politique et du religieux, la paix, la démocratie, l’égalité des droits et des devoirs, la liberté de penser et de s’exprimer sans être menacé.

Cela fait que, dans la France et l’Europe en cours d’islamisation, on entend bien souvent des musulmans insulter et menacer, crier une haine de l’autre « en toute bonne conscience », en s’affirmant justes et bons dès lors qu’ils respectent par ailleurs les consignes de la bonne religion. Cela fait aussi que, lorsqu’un prêcheur comme Tarik Ramadan propose à sa communauté « supérieure » de se constituer en contre-pouvoir il est tout à fait fidèle à son prophète. L’islam s’est toujours affirmé comme devant être, partout, l’alternative aux pouvoirs politiques. Les responsables musulmans d’aujourd’hui ont toujours le devoir de remplacer ces pouvoirs « des autres » par le pouvoir des hommes musulmans – surtout pas des femmes ! – autoproclamés représentants du vrai Dieu sur la terre.

Aujourd’hui, en France, c’est dans l’islam que la violence prétendument « voulue par Dieu » est le plus manifestement réanimée. Mais les gouvernements successifs, de nombreux politiciens de droite et « de gauche », des philosophes, des sociologues et des journalistes répètent inlassablement que c’est être raciste que de le constater et s’en inquiéter, que « c’est être raciste que d’être islamophobe » !

Cette stupidité a déjà bien des années d’existence mais elle n’est qu’un aspect particulier de l’autre grande stupidité qui, depuis toujours, accompagne les religions : il faut les respecter par principe, quoi qu’elles cultivent, qu’elles enseignent, qu’elles commandent ou qu’elles fassent.

Avec le temps, l’amalgame entre islamophobie et racisme est devenu une petite ignominie, et ceux qui la perpétuent se font complices de ceux qui utilisent la violence contre toute critique de l’islam, contre ceux – j’en suis – qui dénoncent une dangereuse islamisation de la France. Parallèlement, des émissions de radio et de télévision (dont on tente parfois d’empêcher la programmation), des articles et des livres expriment de plus en plus fréquemment cette remarque : il y a en France corrélation entre le développement de l’islam et celui de la délinquance. Ceci peut s’expliquer facilement : si la mécréance ou la sortie de la « bonne croyance » est beaucoup plus grave que l’incivilité ou la violence, et si « le Dieu miséricordieux » de l’islam pardonne plus facilement celles-ci que celles-là, alors le musulman peut effectivement penser qu’il se conduit moins mal en insultant, menaçant ou frappant, éventuellement jusqu’à donner la mort, qu’en cessant d’avoir « la bonne croyance dans le vrai Dieu ».

Ainsi s’expliquent, je crois, ces vidéos apparemment incohérentes dans lesquelles des individus insultent et menacent de mort la présidente de Résistance Républicaine – dont je suis membre – tout en s’affirmant des individus bons et généreux, pas racistes du tout, eux, des adeptes de l’amour et de la paix. Il se peut qu’ils le croient vraiment car ils ont en exemple le prophète Mohamed lui-même : il a pu transmettre le « merveilleux message du vrai Dieu » tout en étant dans sa vie personnelle un contre-exemple en humanité, à l’opposé du prophète juif Jésus.

Naguère Tarik Ramadan proposa un moratoire sur la lapidation dans l’islam, ce qui, à juste titre fit scandale. Je propose, au moins aux militants de ma famille politique, la Gauche, un autre moratoire : qu’ils cessent provisoirement de répéter avec d’autres l’écoeurant amalgame entre islamophobie et racisme, et qu’ils programment des réunions de section où chacun viendrait avec un Coran ou/et un recueil de Hadiths, qu’ils lisent ensemble, comparent leurs sentiments à la lecture, étudient objectivement les effets sur la société passée, les effets possibles sur la société présente et à venir… A ma connaissance ceux d’entre eux qui se réclament du marxisme n’ont pas rejeté le rôle capital de « l’intellectuel collectif » dans l’analyse des réalités et dans la recherche des changements nécessaires.

Une proposition complémentaire pourrait être faite aux jeunes qui entrent dans la carrière de journaliste. Il y a en ce moment, dans le métier, un très mauvais climat, une sorte de « culture de l’inobjectivité », du « bon parti pris », de l’a priori à adopter et répéter bêtement. L’amalgame cité ci-dessus en est un exemple. Un autre de caractère plus général est dans l’habitude d’évoquer, dans les bulletins d’information, certaines formes « d’illégalisme » de telle manière que c’est le respect des autres et de la loi qui paraît dépassé, voire franchement « ringard », indéfendable. Des journalistes bien installés dans les grands médias sont ainsi comparables à ces gamins de quartiers difficiles qui, à l’école, désignent les plus studieux de la classe comme les pires élèves, considèrent comme « vraies valeurs » l’indiscipline, la paresse et le mépris des autres, et pourrissent ainsi les études de tous.

Les jeunes journalistes auront besoin de beaucoup de lucidité et de courage pour, dans le domaine ici traité, redonner de la noblesse à la profession

Un autre « propos-réflexe » entendu souvent me paraît un peu moins stupide : « il ne faut pas stigmatiser les musulmans modérés ». Même si cette qualification de « modérés » me semble inadaptée, et même s’ils ne sont nullement « stigmatisés » par la critique justifiée de leur religion, des musulmans pacifiques existent bien. Je crois même qu’ils constituent la grande majorité dans leur religion, comme les juifs et les chrétiens pacifiques dans la leur. D’abord parce que la plupart n’ont pas vraiment choisi d’être musulmans, ensuite parce qu’ils n’ont pas la possibilité de sortir de l’islam, enfin et surtout parce que, dans les sociétés islamisées comme ailleurs, les bons côtés de la nature humaine prennent heureusement fort souvent le dessus.

Je suis convaincu que, dans l’histoire des pays islamiques, bon nombre de « musulmans » ont trouvé des artifices pour vivre bien malgré leur religion tout en faisant semblant de l’aimer et la servir. Ainsi sans doute de très grands artistes qui ont fui la violence dans la création de telle ou telle forme de beauté : architectes, décorateurs muraux et calligraphes, par exemple, qui ont donné au patrimoine de l’humanité les merveilles de l’art « musulman ».

Et j’imagine mal aujourd’hui de nombreux musulmans commençant leurs prières en s’adressant à Allah dans ces termes : « Dieu de miséricorde, Toi qui m’a promis la torture éternelle si je pense mal, Toi qui m’a appelé à massacrer les polythéistes… ». Je n’imagine pas non plus de nombreux juifs dans le même genre de situation. Ni de nombreux chrétiens commençant leurs propres prières par ces mots : « Notre Père qui êtes au cieux, Vous qui avez ordonné le bon génocide des cananéens… ». J’imagine mal par ailleurs, rétrospectivement, la dame du catéchisme de mon enfance approuvant en elle-même cette manière qu’avait eu Dieu, de « donner la terre promise à son peuple ». Je crois plutôt qu’elle m’enseignait la belle histoire qui m’enchantait en ignorant comme moi l’horrible réalité du  »don » que, 60 ans plus tard, Benoît XVI demande aux catholiques de prendre pour un véritable « désir de Dieu ».

Concernant les « dignitaires » religieux, il faut oser dire qu’ils ne sont dignes que s’ils prêchent et agissent dignement. Il faut en finir avec le respect qui leur est dû même quand ils approuvent, confortent et transmettent la croyance en une « bonne violence » qui serait « voulue par Dieu ». C’est en se reposant sur une sorte de droit acquis, celui de n’avoir pas à rendre de comptes puisqu’il s’agit de religion qu’ils s’interdisent et interdisent de réfléchir au caractère criminogène de la théologie qu’ils transmettent.

Dans l’église catholique de ces dernières années le vieux principe a été rudement bousculé à propos de l’opposition des papes au préservatif, puis à propos de leur attitude face à la pédophilie de certains prêtres. Cela réjouit les « bouffeurs de curés », mais beaucoup d’entre eux en deviennent stupides et injustes. Dans les propos de Ratisbonne de septembre 2006 Benoît XVI n’avait dit que des réalités banales sur la violence de l’islam; et encore, il ne l’avait fait que de manière très indirecte, pas très courageusement. Pourtant, ce sont surtout ces justes propos que lui reprochèrent ses adversaires, dont bon nombre de catholiques très superficiels, contents de pouvoir taper une fois de plus sur le pape. On fit valoir lâchement que ce serait « relancer la guerre des religions » que d’appeler par son nom la violence islamique, alors qu’elle ne serait le fait que « d’une toute petite minorité ».

Critiquer la violence religieuse dans le seul islam me paraît cependant à la fois injuste et inefficace. C’est à la culture, dans toutes les religions, de la prétendue « bonne violence voulue par Dieu » que la société profane doit enfin s’attaquer sérieusement. Et les religieux eux-mêmes, s’ils veulent être tenus pour non responsables, même partiellement et indirectement, de la violence toujours commise au nom de Dieu, doivent sortir de leur mauvaise foi, au double sens du terme : c’est bien leur croyance, leur justification et leur enseignement de la prétendue « bonne violence » qui conduit, depuis 3000 ans, à la violence religieuse effective.

Dans leurs rencontres inter-religieuses qui, a priori, sont une excellente chose, c’est cette dramatique et durable réalité qui devrait être étudiée en tout premier lieu, alors qu’elle est toujours évitée parce qu’elle est un sujet qui fâche.

Benoît XVI n’est évidemment pas le seul responsable catholique de la violence religieuse. D’autres théologiens ont rédigé le nouveau catéchisme avec lui, et celui-ci fut approuvé par son prédécesseur Jean-Paul II, ainsi que par le magistère de son église. C’est donc solidairement celle-ci qui assume la relance de la conception criminogène et la tricherie de la « bonne interprétation » chez les catholiques. Mais Benoît XVI est aujourd’hui le plus puissant des responsables religieux. Nul autre n’a un aussi grand pouvoir temporel et d’aussi grandes possibilités d’expression. C’est donc à lui de montrer l’exemple.

Il doit rejeter fermement la théologie criminogène qu’il a contribué à affermir, à réanimer, à « re-sacraliser » dans le dernier Catéchisme de son église. Il doit prendre conscience qu’il s’est, pour le moins, lourdement trompé, et transmettre aux enfants des générations futures le contraire de ce qu’il enseignait jusqu’à maintenant :

Dans les textes sacralisés par les religions, la « Parole de Dieu » est seulement dans les appels à l’amour et à la paix. En aucun cas dans ceux qui poussent au crime.

Pierre Régnier

Voir par exemple, sur Agoravox, cet article d’Olivier Bach : « Jésus est-il un modèle de paix et d’amour pour l’humanité ? »

(**) Jeunes journalistes, rejetez dès vos vingt ans les mauvaises idées reçues, refusez la paresse intellectuelle, le mépris, la fatalité, comme le fait ce vieux loup gris après avoir retourné son sablier :

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